Les Islandais ont rejeté la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne. Le résultat du référendum, qui s’est tenu samedi 29 août, confirme les fortes réticences du pays à abandonner une part de sa souveraineté, alors même que l’UE connaît une nouvelle dynamique d’élargissement.
Les Islandais, appelés à s’exprimer par référendum, samedi 29 août 2026, ont choisi de ne pas rouvrir les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Le « non » l’emporte avec 52,8 % des suffrages. Le résultat stoppe, au moins à court terme, le projet défendu par le gouvernement de Kristrún Frostadóttir depuis son arrivée au pouvoir, fin 2024. Le scrutin ne portait pas directement sur une adhésion à l’UE, mais uniquement sur la reprise des négociations suspendues.
« Je veux être absolument claire : ce gouvernement ne reprendra pas les négociations d’adhésion au cours de cette législature », qui s’étend jusqu’en 2028, a déclaré la Première ministre sociale-démocrate lors d’une conférence de presse au lendemain du scrutin. Bien qu’elle ait soutenu le camp du « oui », Kristrún Frostadóttir a estimé que ce rejet n’était « pas un revers » mais « une victoire pour la démocratie », soulignant que les électeurs avaient pu trancher une question qui divise la société islandaise depuis des années.
La participation a atteint 82,5 %, témoignant d’une forte mobilisation autour de cet enjeu. Les dernières enquêtes d’opinion laissaient entrevoir un scrutin très serré, avec un léger avantage pour les partisans de la reprise des négociations. Les résultats finaux ont toutefois révélé une géographie électorale marquée : la capitale Reykjavik s’est prononcée en faveur du « oui », tandis que les quatre circonscriptions couvrant le reste du pays ont majoritairement soutenu le « non ».
Ce résultat confirme la profonde division de la société islandaise sur la question européenne. Les partisans du rapprochement soulignaient que l’Islande applique déjà une grande partie des règles de l’UE sans participer à leur élaboration. Les opposants ont, eux, insisté sur la souveraineté nationale et sur la maîtrise de secteurs stratégiques, en particulier la pêche.
Une candidature restée inachevée
Le débat remonte à la crise financière de 2008. L’Islande avait officiellement demandé à rejoindre l’Union en juillet 2009, après l’effondrement de son système bancaire. Les négociations avaient débuté l’année suivante et progressé rapidement : 27 chapitres sur 35 avaient été ouverts et 11 provisoirement clos.
Mais l’alternance politique de 2013 avait entraîné leur suspension. En 2015, le gouvernement islandais avait demandé à Bruxelles de ne plus considérer le pays comme candidat.
Le dossier de la pêche avait notamment compliqué les discussions. L’Islande entend conserver la maîtrise de ses importantes ressources halieutiques, alors que les États membres de l’UE participent à une politique commune de la pêche. L’agriculture constitue un autre sujet sensible.
Rejeter les négociations ne signifie toutefois pas s’éloigner de l’Europe. L’Islande reste membre de l’Espace économique européen et de Schengen. Elle participe donc au marché unique et à la libre circulation, ainsi qu’à plusieurs programmes européens, tout en restant hors de l’Union douanière et des institutions politiques de l’UE.
Neuf candidats frappent toujours à la porte
Le refus islandais intervient au moment où l’élargissement connaît un nouvel élan. Neuf États disposent actuellement du statut officiel de candidat : l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, la Moldavie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Serbie, la Turquie et l’Ukraine. Le Kosovo reste candidat potentiel.
Bruxelles réfléchit à l’Union de demain
L’accélération de l’élargissement pousse parallèlement l’UE à s’interroger sur son propre fonctionnement. Le 25 août, la commissaire européenne à l’Élargissement Marta Kos a défendu une réforme du processus afin de limiter les possibilités de blocage, de renforcer les garanties liées à l’État de droit et de permettre une intégration plus progressive des candidats.
L’objectif est de préparer l’Union à accueillir de nouveaux membres sans paralyser ses décisions. Le « non » islandais retire, pour l’instant, Reykjavík de cette équation. Mais il ne referme pas le débat européen : fortement intégrée économiquement et politiquement au continent, l’Islande restera confrontée au même dilemme, entre participation étroite au projet européen et volonté de préserver une pleine souveraineté nationale. Le débat pourrait être abordé par les institutions européennes courant octobre.
Le Monténégro demeure le plus avancé : 18 de ses 33 chapitres de négociation sont clos. L’Albanie progresse également, tandis que l’Ukraine et la Moldavie ont franchi de nouvelles étapes en 2026. Ailleurs, les trajectoires sont plus lentes. Les négociations avec la Turquie sont gelées, celles avec la Serbie progressent difficilement et le processus géorgien est de facto à l’arrêt.
Le 24 août, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a annoncé que son pays pourrait bientôt engager le processus de dépôt de sa candidature d’adhésion à l’UE, marquant une nouvelle étape dans le rapprochement d’Erevan avec les Occidentaux, au détriment de ses liens avec Moscou.
Source : touteleurope.eu