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Discours de la Présidente von der Leyen à la plénière du Parlement européen sur l’agression de l’Ukraine par la Russie

Bruxelles, le 1er mars 2022

« Seul le texte prononcé fait foi »

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Députés,

La guerre est revenue en Europe. Près de trente ans après les guerres qui ont déchiré les Balkans et plus d’un demi-siècle après l’entrée des troupes soviétiques dans Prague et Budapest, les sirènes de défense civile ont de nouveau retenti au cœur d’une capitale européenne. Des milliers de personnes fuyant les bombes se sont terrées dans les stations de métro – se tenant par la main, pleurant en silence, essayant de se réconforter mutuellement. D’immenses files de voitures ont pris la direction des frontières occidentales de l’Ukraine et quand les gens sont tombés en panne d’essence, ils ont saisi leurs enfants, empoigné leurs quelques affaires et marché des dizaines de kilomètres pour gagner notre Union. Ces gens cherchent refuge à l’intérieur de nos frontières, parce que leur pays n’est plus sûr. Parce qu’en Ukraine, l’affreux décompte macabre a commencé. Une fois de plus, des hommes, des femmes et des enfants meurent, parce qu’un dirigeant étranger, le Président Poutine, a décidé que leur pays, l’Ukraine, n’avait pas le droit d’exister.

Mesdames et Messieurs les Députés,

C’est un moment de vérité pour l’Europe. Permettez-moi de citer l’éditorial d’un journal ukrainien, le Kyiv Independent, publié quelques heures à peine avant le début de l’invasion: «Il ne s’agit pas uniquement de l’Ukraine. Il s’agit de l’affrontement de deux mondes, de deux pôles de valeurs.» C’est tellement vrai. Il s’agit d’un affrontement entre l’état de droit et la loi du plus fort; entre démocraties et autocraties; entre un ordre fondé sur des règles et un monde régi par l’agression brute. La réponse que nous apportons aujourd’hui aux actes de la Russie déterminera l’avenir de l’ordre international. Le destin de l’Ukraine est en jeu, mais notre propre sort est aussi dans la balance. Nous devons montrer la force de nos démocraties, la force des peuples qui choisissent librement et démocratiquement leur propre voie, en toute indépendance.

Aujourd’hui, une Union de près d’un demi-milliard de personnes est mobilisée pour l’Ukraine. Dans toute notre Union, les Européens manifestent devant les ambassades de Russie. Beaucoup ont ouvert leur maison aux Ukrainiens qui fuient les bombes de Poutine. Je tiens ici à remercier tout particulièrement la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Hongrie d’accueillir ces hommes, ces femmes et ces enfants. L’Europe sera là pour eux, pas seulement en ces premiers jours, mais aussi dans les semaines et les mois à venir. Et c’est pourquoi nous proposons d’activer le dispositif de protection temporaire, afin de procurer à ces personnes un statut sûr et de leur offrir l’accès à l’enseignement, à la santé et à l’emploi. Ils le méritent. Nous savons que ce n’est qu’un début. Davantage d’Ukrainiens auront besoin de notre protection et de notre solidarité. Nous sommes et serons là pour eux.

Notre Union fait preuve d’une volonté commune qui me rend fière. Très vite, l’Union européenne a adopté trois séries de lourdes sanctions, ciblant le système financier, les industries de haute technologie et l’élite corrompue de la Russie. Il s’agit là du plus vaste train de sanctions de l’histoire de notre Union. Nous ne prenons pas ces mesures le cœur léger, mais nous sentons que nous devions agir. Ces sanctions infligeront de sévères dommages à l’économie russe et au Kremlin. Nous coupons les principales banques russes du réseau SWIFT. Nous avons également bloqué les transactions de la Banque centrale russe, l’institution financière la plus importante de Russie. Cette mesure paralyse des milliards de réserves de change, ce qui coupe le robinet de financement de la guerre de Poutine.

Deuxièmement, nous ciblons des secteurs importants de l’économie russe. Nous faisons en sorte que la Russie soit dans l’impossibilité de moderniser ses raffineries de pétrole, de réparer et de moderniser sa flotte aérienne et d’avoir accès aux importantes technologies dont elle a besoin pour construire un avenir prospère. Nous avons fermé notre espace aérien aux aéronefs russes, y compris aux jets privés des oligarches. Et que l’on ne s’y trompe pas: nous traquerons également leurs autres avoirs, sur lesquels nous imposerons un gel – qu’il s’agisse de yachts ou de voitures de luxe ou de propriétés de luxe.

Troisièmement, une autre mesure sans précédent, nous suspendons les licences en faveur de la machine de propagande du Kremlin. Russia Today et Sputnik, des médias appartenant à l’État russe, ainsi que leurs filiales, ne pourront plus répandre leurs mensonges pour justifier la guerre menée par Poutine et diviser notre Union. Ce sont là des actions de l’Union européenne et de nos partenaires sans précédent, en réponse à une agression de la Russie sans précédent.

Chacune de ces mesures a fait l’objet d’une coordination étroite avec nos partenaires et nos alliés, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et la Norvège, mais également, par exemple, avec le Japon, la Corée du Sud et l’Australie. Au jour d’aujourd’hui, plus de 30 pays – représentant bien plus de la moitié de l’économie mondiale – ont également annoncé l’imposition de sanctions et de contrôles à l’exportation à l’encontre de la Russie. Si Poutine cherchait à diviser l’Union européenne, à affaiblir l’OTAN et à briser la communauté internationale, c’est tout le contraire qu’il a obtenu. 

Mesdames et Messieurs les Députés,

Je suis bien consciente du fait que ces sanctions auront un coût pour notre économie également. Je le sais bien et je tiens à être honnête avec les citoyens européens. Nous avons subi deux années de pandémie. Et nous espérions tous pouvoir nous concentrer sur la relance de notre économie. Mais je crois que les citoyens européens comprennent très bien que nous devons nous opposer à cette cruelle agression. Oui, protéger notre liberté a un prix. Mais l’heure est grave. Et c’est un prix que nous sommes prêts à payer. Parce la liberté n’a pas de prix.

Les investissements que nous faisons aujourd’hui nous rendront plus indépendants demain. Je pense avant tout à notre sécurité énergétique. Nous ne pouvons tout simplement pas dépendre à ce point d’un fournisseur qui nous menace ouvertement. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes tournés vers d’autres fournisseurs mondiaux. Et ils ont répondu à notre appel. La Norvège s’est ralliée. En janvier, nous avons eu un approvisionnement record en gaz liquéfié GNL. Nous sommes en train de construire de nouveaux terminaux GNL et travaillons sur des interconnecteurs. Mais sur le long terme, c’est la transition vers les énergies renouvelables et l’hydrogène qui nous rendra véritablement indépendants. Nous devons accélérer la transition vers une économie verte. Car chaque kilowatt-heure d’électricité que l’Europe génère à partir de l’énergie solaire et éolienne, de l’hydroélectricité et de la biomasse réduit notre dépendance à l’égard du gaz russe et d’autres importations énergétiques. C’est un investissement stratégique ! Et surtout, moins de dépendance, c’est aussi moins d’argent pour le trésor de guerre du Kremlin.

Lorsque nous faisons preuve de détermination, l’Europe est capable de relever les défis. Il en va de même pour la défense. La sécurité et la défense européennes ont évolué davantage au cours des six derniers jours qu’au cours des vingt dernières années. La plupart des États membres ont promis de livrer des équipements militaires à l’Ukraine. L’Allemagne a annoncé qu’elle atteindrait dès que possible l’objectif de deux pour cent fixé par l’OTAN. Pour la toute première fois, notre Union utilise le budget européen pour acheter et livrer des armes à un pays attaqué: 500 millions d’euros provenant de la facilité européenne pour la paix, destinés à soutenir la défense de l’Ukraine. Dans un premier temps, nous compléterons cette somme par au moins 500 millions d’euros provenant du budget de l’Union, destinés à faire face aux conséquences humanitaires de cette tragique guerre, tant dans le pays que pour les réfugiés.

Mesdames et Messieurs les Députés,

Il s’agit d’un moment charnière pour notre Union. Nous ne pouvons pas considérer notre sécurité et la protection des populations comme acquises. Nous devons les défendre. Nous devons investir dans ces domaines. Nous devons assumer notre juste part de responsabilité.

Cette crise bouleverse l’Europe. Mais la Russie est également à la croisée des chemins. Les actions du Kremlin portent gravement atteinte aux intérêts à long terme de la Russie et de sa population. De plus en plus de Russes le comprennent également. Ils manifestent pour la paix et la liberté. Et quelle est la réponse du Kremlin? Il arrête des milliers de ces manifestants. Mais, en fin de compte, les aspirations à la paix et à la liberté ne peuvent être réduites au silence. Il existe une autre Russie que les chars de Poutine. Nous tendons la main à cette autre Russie.

Mesdames et Messieurs les députés,

Aujourd’hui, l’Ukraine indépendante traverse son heure la plus sombre. Pourtant, le peuple ukrainien brandit la torche de la liberté pour chacun d’entre nous. Ils font preuve d’un immense courage. Ils défendent leur vie. Mais ils se battent également pour les valeurs universelles et sont disposés à mourir pour elles. Le Président Zelenskyy et le peuple ukrainien sont une véritable source d’inspiration. La dernière fois que nous nous sommes parlé, il m’a fait à nouveau part du rêve de son peuple d’adhérer à notre Union. Aujourd’hui, l’Union et l’Ukraine sont déjà plus proches que jamais. Il reste un long chemin à parcourir. Nous devons mettre fin à cette guerre. Et nous devrions parler des étapes à venir. Mais j’en suis sûre: personne dans cet hémicycle ne peut douter qu’un peuple qui lutte si courageusement pour nos valeurs européennes a sa place dans notre famille européenne.

Vive l’Europe. Vive l’Ukraine libre et indépendante.

My z vamy. Slava Ukraini. Mez wame. Slava Ukrainije.

 

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