Perspectives d’avenir

Publié le Vendredi 20 janvier 2017

                      En 2017 la mondialisation est toujours là. Les conséquences de cette dernière sont connues en Europe. Les salaires stagnent et les inégalités entre eux sont fortes, l’investissement public et privé n’est pas au « top », une grande partie de l’industrie est « ailleurs », le chômage réel ou déguisé est là, les droits sociaux sont attaqués pour rester compétitif et faire du « business » comme disent les anglo-saxons. A cela s’ajoute la question de l’accueil de 1.2 millions demandeurs d’asile enregistrés et les attentats perpétrés, pour la plupart, par des personnes radicalisées. Mais, il ne faut pas se mentir : cet ordre économique, venu de l’ouest, a trouvé sa place avec l’appui d’électeurs trompés sur les finalités du système. Cet ordre convient, aux hommes connectés, instruits, pressés de faire fortune, aux grands groupes industriels, commerciaux, financiers dépourvus d’empathie. Par ailleurs, les algorithmes devenus puissants gèrent, quasiment, notre vie individuelle et collective et l’on a des doutes sur la loyauté de ce qu’ils calculent puisqu’ils orientent les réponses qu’ils nous délivrent en fonction de critères qui nous échappent. Ils ne sont pas loyaux, disent les spécialistes. Ceux qui les construisent et les gèrent savent tout de nous. Des états, et pas des moindres, commencent à s’interroger sur leur impact dans les domaines économique, politique, militaire et financier. Toutes les puissances moyennes subissent les assauts de ce qui vient d’être cité. Elles ne disposent pas de moyens suffisants pour se prémunir de cette mise en tutelle ou de se prémunir contre les effets de cette globalisation qui cannibalise, en définitive, la démocratie.

                        Il est donc urgent de retrouver ce qui se perd ou s’est perdu, à savoir : le sens critique face à cette modernité livrée à elle même. Il est temps que l’on réapprenne à rechercher ce qui est beau, vraie et juste pour construire la société équilibrée de demain moins dépendante de l’immédiateté.  Il est urgent de retrouver notre capacité d’analyse critique des champs politiques, économiques, culturels éducatifs et sociaux qui ne relèvent, hélas, présentement, que de la compétence ou pseudo compétence de spécialistes médiatisés ou qui se présentent comme tels. Sommes nous encore capables d’esquisser, nous mêmes, les perspectives humanistes et réalistes de notre développement ?  Les démagogues trouvent dans les effets de la mondialisation et des avancées techniques fulgurantes imparfaitement maîtrisées, un espace d’expression idéal pour la parole qui prône le repli sur soi et qui apporte le chaos politique ou le retour d’idées qui ont une odeur de moisi. Les plus faibles d’entre-nous paient, généralement le prix le plus élevé de ces troubles avant de se réveiller cabossés et de participer, dans la fureur affective aveugle,  à l’installation d’un nouvel ordre sur les ruines du précédent en passant, souvent, par la case autoritaire et une diminution des libertés fondamentales.

                        L’antidote est connu : c’est un renversement réfléchi de tendance idéologique et doctrinaire qu’il faut opérer. Pour cela, Il est nécessaire d’avoir des alliés solides et volontaires pour calculer la posologie à appliquer. La patiente est l’Europe qu’il faut réhabiliter à certaines conditions : qu’elle soit unie au plan politique, plus démocratique, en capacité d’affirmer ses valeurs pour tracer un chemin cohérent qui tire les conclusions claires de notre histoire, mais aussi qui promeut le développement humain.  Si nous le voulons c’est possible. Elle a vocation à peser sur les affaires internationales puisque c’est une des premières puissances économiques du monde.  Si cette volonté d’européaniser le débat politique général apparaît fortement en 2017 un grand pas vers l’effacement des rivalités destructrices aura été fait pour envisager de ralentir les effets négatifs de ce qui nous préoccupe. Ce qui rassemble les populations européennes est plus important que ce qui peut les diviser. Ce qui rassemble, c’est les racines gréco-romaines de la plupart des pays européens, l’héritage du siècle des lumières en passant par les droits de l’homme, l’instruction obligatoire quasiment gratuite pour l’acquisition d’un fond culturel homogène, la solidarité effective entre générations très développées dans l’Europe du nord et l’application de règles démocratiques semblables partout avec la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaire pour protéger les libertés. Que manque-t-il donc encore pour que les peuples aient le sentiment d’appartenir à une entité qui les  protège, favorise le partage équitable de ce qu’ils sont capables de produire sur tous les plans de façon apaisée ?

                        Une chose simple et négligée, alors qu’elle est essentielle à la cohésion de toute association humaine : la symbolique qui unit. Pourquoi ? Simplement parce qu’elle figure et  enracine dans les consciences la volonté qu’elle image. La seule présence du drapeau européen et le seul rappel de la notion de paix ne captent plus l’attention des foules. La devise de l’union, d’une extrême platitude symbolique (unie dans la diversité), ne crée plus ou pas un sentiment d’appartenance. Quant au mythe qui renforce le tout (la légende d’Europe), il est ignoré superbement. Or, toutes les sociétés qui négligent l’aspect symbolique ne se portent pas bien voire disparaissent. Au début de la nouvelle année 2017, c’est le moment d’en reparler. Le « Brexit » offre une chance, pour travailler tranquillement cette question qui est, peut-être, maintenant,  importante, pour ressusciter l’appropriation  la puissance européenne que beaucoup craignent, si les citoyens de « mauvais poil » ne se laissent plus séduire par les « Pythies » et les joueurs de flûtes. Bref  si ils pensent avec ce qui est fait pour çà : leur cerveau.

 

Georges LADEUIL

Vice Président de la Maison de l’Europe de Lot-et-Garonne/CIED Moyenne Garonne

 

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