Virus Covid-19 (un article de M.me Bettina Cuvillier, membre du CA de la Maison de l'Europe)

Publié le Mercredi 25 mars 2020

Virus Covid-19   

Où a-t-il commencé ?

Il a débuté en Chine en décembre dernier mais n’a été officiellement annoncé qu’en janvier. Ayons une pensée pour ce jeune médecin, Li Wenliang, qui avait alerté en son temps, avait été emprisonné pour fausse rumeur puis relâché pour finalement tristement mourir des suites de la maladie contractée et être acclamé en héros. La période de fin d’année propice aux déplacements multiples a été très profitable à la propagation de ce virus.

Les premiers cas recensés étaient des personnes s’étant rendues sur un marché local, à Wuhan, dans la province de Hubei au centre-est de ce pays. A l’heure qu’il est la Chine tente par tous les moyens (y compris Twitter pourtant interdit) de rayer et faire disparaitre ce foyer d’origine de la mémoire de tous au sens le plus large du terme c’est-à-dire la planète toute entière. Le virus serait arrivé d’ailleurs…

Qui est-il ?

Ce virus désormais baptisé « Covid-19 » fait partie de la grande famille de virus, les coronavirus. Très fréquents, ils peuvent aussi bien provoquer un simple rhume qu’une grave infection respiratoire de type pneumonie, à l’origine d’épidémies mortelles comme ce fut le cas avec le Sras ou le Mers. Ce qu’il faut retenir c’est qu’ils ont été véhiculés par des chauves-souris (peut-être aussi le cas pour le virus actuel). Un peu à la façon du moustique, plus précisément les espèces « Aeds ou anopheles » qui propage chez l’Homme le Chikungunya, le paludisme et le Zika, tous trois très virulents. Ils se servent de leur salive. Ensuite l’homme transmet le virus à l’homme. Je me rappelle qu’après avoir lu « la géopolitique du moustique » d’Eric Orsenna, j’avais compris qu’après l’homme, c’est bien le moustique qui tue le plus et bientôt disait-il, la chauve-souris.

Qu’en savent réellement les experts scientifiques ?

Mais finalement l’on ne sait pas encore grand-chose sur ce nouveau virus. Les connaissances avancent mais doivent encore être affinées. L’on est aussi tributaire des données qui proviennent de Chine. Va-t-il disparaitre avec les beaux jours et l’élévation de la température comme la grippe ? Il est désormais installé dans 96 pays répartis sur cinq continents. Ou pourra bientôt parler de pandémie même si pour l’instant il s’agit encore d’une épidémie.

« Se croire à l’abri de la maladie serait une erreur fatale » a insisté Tedros Adhanom Ghbreyesus, directeur général de l’OMS. Chez nous en France il progresse également à grande vitesse. Nous avons également un nombre de morts qui augmente. Pour 80 % des personnes touchées, la maladie est plutôt légère ; elle est plus sévère pour 15 % d’entre eux et très grave pour 5 % d’entre eux (on parle volontiers désormais de comorbidité).

Mais plus le virus circule et plus il peut muter, ce qui peut considérablement compliquer la situation. Pendant ce temps-là, on doit mettre en place des mesures de contrôle des prix des gels hydroalcooliques car la peur s’est installée et que certains commerçants en profitent.

Comment réagissent les européens face à cette épidémie ?

La vigilance est montée d’un cran dans l’Union européenne depuis le 13 février dernier, jour où les 27 ministres de la santé s’étaient donné rendez-vous à Bruxelles pour se coordonner face au Covid-19. « ….la communauté internationale doit travailler de concert et l’Europe est là pour jouer un rôle de premier plan » a déclaré Ursula von der Leyen.

La France à l’instar de l’Italie fait annuler des manifestations, ferme des établissements scolaires, protègent les lieux de soins, etc.  Bientôt le stade 3 nous dit-on ! Mais Bruxelles redoute aussi des réactions disproportionnées comme le durcissement précipité des contrôles aux frontières. Et c’est là que le bât blesse car c’est toute l’économie mondiale qui peut chuter et qui chute déjà considérablement. (Arrêt des liaisons aériennes, des voyages touristiques, des fermetures d’usines, annulations de grands événements ou rassemblements de jeunes ou compétitions sportives).

L’UE gagne à rester soudée en matière d’approvisionnement, alors que 80 % des principes actifs pharmaceutiques fournis en Europe sont fabriqués en Asie. Même constat pour les masques, gants, combinaisons fabriqués pour moitié dans une Chine en rupture de stock. Elle a aussi débloqué 10 millions d’euros pour soutenir la recherche européenne des vaccins et les Vingt-Sept poursuivent en parallèle leur aide à la Chine mais aussi les autres pays. La Commission a aussi annoncé 114 millions d’euros pour aider l’OMS à renforcer l’assistance aux pays dont le système de santé est faible avec une attention toute particulière pour l’Afrique.

Le chacun pour soi est impossible

Nul doute que ce virus donne à voir et à penser. Sa gestion représente le crash-test grandeur nature de l’humanité confrontée à son interdépendance et à son extrême vulnérabilité. Il n’y a qu’à voir la déstabilisation des gouvernements à commencer par celui de D. Trump. Il croit pouvoir tout contrôler et traite d’ennemi de la nation ceux qui en doutent. En Chine ceux qui ont critiqué les autorités lors du décès du médecin lanceur d’alerte s’organisent. Le coronavirus a pris de court le régime. D’un côté une Chine qui verrouille tout pour sauvegarder sa prospérité et puissance et de l’autre une Amérique en pleine campagne électorale qui peut tout aussi bien mal tourner. Sans modèle civilisationnel, l’Europe pèse hélas assez peu. Et pourtant l’opportunité est là.

Mais elle semble plutôt laisser la place à la peur et par voie de conséquence aux pulsions fascistes. On l’a vu avec la Grèce et la Turquie. Et pourtant plutôt que de protéger l’économie nos gouvernements ne devraient-ils pas plutôt protéger les humains et leurs écosystèmes ? Les écologistes se réjouissent d’une meilleure qualité de l’air en Asie grâce au virus et pour cause. La mondialisation n’a plus le vent en poupe. Peut-être sommes-nous parvenus au bon moment de l’histoire pour nous en persuader. Peut-être pouvons-nous choisir une autre voie ? Changer l’histoire ?

Le Petit Prince aujourd’hui

Je vous laisse ici découvrir ce texte écrit par Christiane Rancé, journaliste et écrivaine,  qui imagine le Petit prince qui observe la Terre en se réjouissant de voir enfin la Chine dans sa lunette, sans les nuages de pollution qui la recouvraient.

« Comme chaque matin depuis son retour sur son astéroïde B612, le Petit Prince observe la Terre, l’œil rivé à sa lunette télescopique. Depuis le début de cette nouvelle année, il est enfin, et chaque jour, un peu plus heureux. Depuis longtemps, il s’interrogeait sur l’opportunité pour lui de revenir sur la planète bleue. Il en avait gardé un merveilleux souvenir et, souvent, éprouvait la nostalgie profonde de ses conversations avec cet aviateur, tombé comme lui du ciel dans le désert, qui lui avait dessiné un mouton. Il regrettait aussi les heures passées avec le Renard si sagace, qui lui avait enseigné les délices de l’amitié, et celles du temps consacré à apprivoiser ses amis. « On ne connaît que les choses que l’on apprivoise », lui avait-il appris. Et ce puits caché dans le désert, à qui le désert devait sa beauté, il rêvait d’en goûter une fois encore l’eau claire, fraîche, limpide qu’il avait partagée avec le pilote.

Souvent, il se demandait ce qu’ils étaient devenus tous, inquiets de ce que lui révélait sa lunette : à chaque révolution autour du Soleil, la couche des nuages sulfureux qui obstruaient le globe terrestre s’intensifiait. Or, par un mécanisme inconnu et miraculeux, depuis quelques semaines, le processus s’inversait. Il pouvait désormais voir le dessin des côtes, le relief des terres, les océans, les villes, et des paysages encore imperceptibles à l’automne dernier. Et, large et lumineux, le désert dont il avait aimé le vent et les dunes de sable, où toujours « quelque chose rayonne en vous ».

Seules des écharpes de nuages, des tourbillons de cumulonimbus et des stratus échevelés flottaient doucement dans l’espace, mais sans jamais cesser de voyager, – autant de nues délicieusement légères et bénéfiques. Lui, qui avait les poumons fragiles et la gorge délicate au point de ne pouvoir quitter son écharpe, voyait dans la configuration de ces ciels dégagés l’autorisation de voyager. C’était dit. Il profiterait du passage d’une comète interstellaire, l’Atlas ou la Borisov, pour faire le trajet et se laisser tomber doucement chez ses amis. Un au revoir à sa Rose, quelques recommandations aux baobabs et, hier matin, il atterrissait sans heurt chez nous.

Le hasard fit bien les choses. Il voulait visiter le pays que les hommes appelaient Chine, et qu’il n’avait jamais pu observer depuis son astéroïde à cause de ces brouillards épais et persistants. Or, la comète l’avait lâché tout près, dans le grand désert de Mongolie. Il entreprit tout de suite de créer des liens, certain que le destin saurait lui choisir un ami. Il ne se trompait pas. Bientôt, surgi d’un pli de la vaste steppe, un cavalier apparut. C’était un chaman, parti cueillir des herbes et invoquer l’esprit des loups, des ours et des renards avec son grand tambour. L’homme offrit au Petit Prince un bol de thé salé mélangé à du lait chaud, puis alluma un feu. « Ainsi, lui dit-il avec douceur, alors que son cheval s’ébrouait sous la lune, tu es revenu. » Et, devant l’air étonné de l’enfant : « Tu es célèbre. Ton portrait est, je dois le dire, très ressemblant. »

Enfin, ils échangèrent des nouvelles et bientôt, de sa drôle de petite voix, le Petit Prince posa la question qui lui brûlait les lèvres. Qu’étaient devenus les nuages de Chine ? « Ils se sont dissipés parce que l’activité qui les provoquait a cessé elle aussi. C’est une aubaine, expliqua le chaman. Ce que tu pensais être des nuages, est en fait un poison, un composé de CO2 et de NO2 qui cause, par an, 60 millions de morts et 4 millions de nouveaux cas d’asthme chez les enfants. » « Mais, pourquoi avoir attendu tout ce temps pour prendre ces dispositions ? », s’étonna le Petit Prince qui, du ciel, observait les nuages délétères depuis des années. « Oh ! Ce n’est pas à cause de ces maladies ni des dévastations que la pollution inflige à la planète comme à tout ce qui y vit, mais à cause d’un nouveau virus et de la crainte d’en mourir », annonça le chaman. Le Petit Prince réfléchit puis objecta, fort logiquement : « Ce virus doit être un tueur redoutable si l’on arrête tout, quand on n’a rien fait pour sauver ces 60 millions de gens et tous leurs enfants. »

Le « Petit prince » nous étonnera toujours…..

Bettina Cuvillier, 9 mars 2020

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