« Quelle défense pour l’Europe » ?

Publié le Mercredi 5 février 2020

Patrick Bellouard, Président d’EuroDéfense-France.

Article proposé dans le journal la Croix du 27 janvier 2020 et rédigé par Patrick Bellouard, Président d’EuroDéfense – France.

Les Etats-Unis se considèrent-ils toujours engagés dans la défense des pays européens ? Historiquement, l’expérience des deux derniers conflits mondiaux montre qu’ils n’interviennent dans un conflit majeur que si leurs propres intérêts sont menacés. En outre, de nombreux signes émis par l’administration américaine, tant la précédente que l’actuelle, soulignent la nouvelle orientation de ses priorités vers le Pacifique. Enfin, la présidence Trump ne manque pas une occasion pour attiser la guerre économique avec ses alliés européens, ce qui n’est pas de nature à renforcer les liens au sien de l’Alliance. Tout cela devrait faire réfléchir les Européens sur la solidité du Pacte atlantique.

Sur le flanc est, la Turquie prend de son copté des décisions pour le moins surprenantes, s’agissant d’un membre de l’Alliance. D’une part, elle a décidé de se doter d’un système de défense antiaérienne russe, non interopérable avec les systèmes Otan : comment dans ce cas pourra-t-on envisager des opérations communes avec cet allié dans le futur ? D’autre part, en intervenant sur le territoire syrien pour combattre les kurdes de Syrie, qui ont été un partenaire important des Occidentaux dans la lutte contre Daech, elle décrédibilise la solidité de l’Alliance dans la région.

A Bruxelles, la stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne, présentée en juin 2016, a relancé une dynamique positive, en mettant en avant le besoin d’autonomie stratégique européenne. Depuis, l’UE a enregistré des progrès importants vers l’objectif de défense commune visé par le traité de Lisbonne : elle a mis en place en 2017-2018 une structure de planification et de commandement des opérations militaires non coercitives (MPCC), un processus annuel de revue coordonnée des plans nationaux de défense (CARD) et une coopération structurée permanente impliquant 25 Etats ; et elle prépare le financement d’investissements de défense sur son budget avec un Fonds européen de défense, dont le projet de règlement devrait être définitivement adopté par le Parlement européen en 2020. En complément, l’Initiative européenne d’intervention (IEI) du président Macron vise à renforcer la coopération opérationnelle entre les Etats qui le souhaitent –ils sont treize aujourd’hui. Des observateurs ont qualifié ces progrès d’historiques. Mais on reste encore loin d’une « défense commune ».

Aucun Etat européen n’ayant la capacité de répondre seul, dans la durée, à l’ensemble de ses besoins de défense, les Européens doivent construire une véritable défense européenne, apte à assurer leur sécurité, sans s’en remettre exclusivement à l’Otan. Cela veut dire : étoffer la gouvernance politique de l’UE dans le domaine de la sécurité et de la défense en la rendant plus dynamique ; partager entre Européens une vision globale des risques et des menaces ; faire face ensemble aux menaces classiques ou hybrides en se dotant d’une capacité d’action, y compris pour des actions coercitives, en Europe ou hors du continent européen, et en accroissant la solidarité au plan opérationnel et au plan financier ; donc revoir le niveau d’ambition de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), inutilement censurée lors de sa création, et poursuivre la réflexion sur la complémentarité entre l’Otan et l’UE, l’actuelle répartition des rôles entre une Otan garante de la sécurité collective et une PSDC tournée exclusivement vers l’action extérieure n’étant, à l’évidence, plus pertinente ; enfin revoir la cohérence et l’utilisation des budgets de défense, en augmentant la coopération européenne et supprimant les duplications inutiles.

Tout ceci n’est pas sans rappeler les préoccupations formulées par Ursula von der Leyen, présidente de la nouvelle Commission européenne, dans la mission qu’elle a confiée au nouveau haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell. Reste à convaincre tous les Européens d’avancer dans cette direction : c’est un combat qu’il faut gagner.

 

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