5ème semaine de confinement, réflexions pêle-mêle (un article de M.me Bettina Cuvillier, membre du CA de la Maison de l'Europe)

Publié le Vendredi 24 avril 2020

Tout début mars j’écrivais sur ce coronavirus, le Covid-19.

Le 16 mars dernier, le Président de la République annonçait le confinement général. Stupeurs et tremblements ! Nous y sommes, c’est donc bien vrai et c’est grave. Il a évoqué le mot « guerre » à plusieurs reprises. Que vont devenir nos activités ? Qu’allons-nous faire de ce temps vidé, de ces agendas quasi inactifs ? Allons-nous tomber malades nous aussi ? Nos proches ? C’est vertigineux de penser que le monde entier est impacté : 1 873 265 cas ! Certains voulaient jouer la carte de l’immunité naturelle comme les Pays-Bas, la Suède ou le Royaume-Uni mais sont désormais également confinés. Certes plus « gentiment ». Et puis certains déconfinent ou l’envisagent pour très bientôt. Pour nous ce sera le 11 mai mais nous savons aussi que ce sera progressif. Comment ? On ne sait pas encore très bien. L’heure tourne, les secondent comptent. Nos chercheurs du monde entier travaillent en continu pour mieux comprendre ce virus et lui trouver un vaccin et des remèdes efficaces. C’est qu’il est costaud le nouveau petit gaillard. On le croyait ceci ou cela mais il cache bien son jeu ! On ne sait même plus si les contaminés guéris sont vraiment immunisés. Madagascar teste officiellement ses huiles essentielles sur le virus. Qui sait la phytothérapie peut s’avérer efficace !

Les usines ou lieux spécialement organisés à cet effet fonctionnent à plein régime pour nous fabriquer des masques. Même nos machines à coudre personnelles sont ressorties des placards ! Les religieuses en produisent dans leur monastère tout comme certains de nos détenus. Quel élan solidaire ! Ces fameux masques (mais aussi les blouses) qui font défaut et dont tout le monde manque y compris le personnel soignant. Ils seront sans doute obligatoires pour circuler librement hors de nos foyers. Ils auront fait l’objet de débats sulfureux et contradictoires ! Tout comme pour le reste de toute cette situation et crise sanitaire. Et puis c’est toujours la faute de l’autre : des chinois, des allemands, des américains, des européens, des dirigeants, des terroristes, des « reptiliens », des « illuminati » et j’en passe. Que de théories du complot et de conspirations ! Quelle imagination galopante ! Les épidémies ont toujours existé et existeront toujours. Elles ne sont pas le fruit de complots de savants fous manipulés par des militaires et des gourous fortunés dans des « labos top secret », mais simplement des virus qui font partie de la Nature au même titre que nous. D’accord le peu de décès en Chine et en Allemagne laisse interrogatif !

Nos médias s’en donnent à cœur joie et influencent terriblement le traitement des événements. Nous étions déjà rivés sur nos portables et écrans, c’était devenu notre pain quotidien. Mais là il me semble que notre vie s’est arrêtée en raison de la saturation de l’info autour de la maladie et des nombreux décès. Tout devient très vite sujet à polémique ou à scandale. C’est comme si notre vision du monde se limitait à ce qui défile sur nos écrans. Voyons-nous encore les belles choses de la vie (tendresse, amour, « care », amitié, la beauté de la nature) et aussi toutes les tristesses et les désespoirs ? Pensons-nous aux centaines de milliers de morts dues au paludisme chaque année ?

Il y a un mois, un peu plus, nos journées étaient rythmées par des rituels bien précis.  Il y avait aussi les projets pour la semaine, le week-end, les petites vacances, les grandes vacances une fois le bac du grand ou du petit en poche, une fois notre travail bien bouclé. Ah ce festival qu’on attendait avec impatience, ce concert, ce voyage, cette réunion familiale !

Et voilà que tout vole en éclat !

Plus d’examen final mais un contrôle continu, plus de transports car plus de déplacements au travail, les écoles sont fermées, les distances sociales sont imposées, les masques apparaissent dans les rues où l’on ne fait que passer furtivement et en évitant de trop se regarder. Les cafés, les restaurants, les musées, les cinés et les boutiques sont fermés. Les rues sont désertes. Tous les festivals s’annulent les uns après les autres même ceux de septembre. Les mariages sont annulés et les couples attendent des infos plus précises pour les reprogrammer ultérieurement. Les étudiants attendent de savoir s’ils pourront encore faire leur stage avant la fin de l’été. Les lycéens ne savent pas s’ils retourneront à l’école ni s’ils pourront passer les concours pour leur nouvelle rentrée universitaire. Les professeurs s’inquiètent des élèves dont ils sont sans nouvelles. Attention aux fractures sociales ! Les médecins s’inquiètent des patients qui ne répondent pas au téléphone alors qu’ils nécessitent un suivi régulier. Les psychiatres et psychologues tentent de trouver des solutions pour aider leur patientèle. Les prisons bouillonnent. Les associations caritatives ne peuvent plus aider comme avant et ont dû parfois attendre trop longtemps avant de venir en aide aux personnes vivant dans la rue ou en situation de grande précarité. Les migrants se sentent abandonnés. Les Ephad comptent les décès. Des personnes seules meurent chez elles et sont découvertes peu à peu. Celles-là ne sont pas encore comptabilisées. Nous n’avons pu accompagner nos proches ou amis ni être présents à leurs obsèques ou alors avec grande distance et dans une tristesse absolue. Des fleurs artificielles pour le dernier voyage ! Pour chacun c’est une adaptation nouvelle, inédite et affreuse pour les plus touchés.

Le spectre de la mort rode, les peurs et les angoisses montent et la privation de liberté est vécue pour certains comme un sentiment d’étouffement très fort et pour d’autres encore la mise en confinement peut être assimilée à un véritable abandon. Il s’agit évidemment de ne pas céder à la psychose mais aussi de n’oublier personne.

Il a fallu accepter toutes les pensées et émotions inconfortables qui nous traversaient et traversent encore l’esprit et puiser en nous-même nos propres ressources. Nous apprenons à les identifier, les apprivoiser et à faire de l’espace pour accueillir d’autres images positives. Une fois la stupeur passée nous avons appris à hiérarchiser nos priorités, à les réguler et à réinventer notre quotidien en y alternant des moments de travail, de temps libre, de lecture ou autre. Parfois des vidéos humoristiques nous ont aidés ainsi que des pensées positives. Parfois certains messages ou vidéos ou textes nous ont agacés. Pour d’autres encore il faut continuer à accompagner son conjoint ou enfant malade et même ses parents qu’on a préféré garder à la maison. Pour une grande majorité c’est la saturation absolue en foyers exigus et sans balcon.

Mais le Printemps n’a pas été annulé. Il a même fait très beau. Le cycle de la vie continue. Beaucoup de bébés sont nés malgré la tempête. Espérons que ces mères et enfants se portent bien.

Certaines personnes se sont plutôt réjouies de ce silence et temps de liberté. Sans doute les plus chanceux. Ceux qui vivent à la campagne. Ceux qui sont entourés de leurs proches. Ceux qui savent leurs proches en sécurité. Ceux qui travaillent déjà depuis longtemps sur le silence intérieur.  L’ordinaire devient extraordinaire.

« Je crois que nous vivons la fin du mythe de l’homme ubiquitaire ». C’est salutaire, nous dit un professeur italien qui s’appelle Carlo Ossola. « C’est un temps pour balayer le superflu ». Tout récemment dans le « Monde » Edgar Morin dit : « La crise due au coronavirus devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l’immédiat ». 

Balayer le superflu ! Serait-ce l’annonce de la conversion de l’après confinement ? Le destin du pangolin qui est sorti de l’ombre, le pape qui a invité à un « cessez le feu », les écologistes et hommes politiques qui annoncent la fin des 4X4, moins d’avions, l’importance de la biodiversité et du développement durable et de la consommation responsable. Des fabrications de choses de première nécessité reverront peut-être le jour dans notre pays y compris les molécules servant à fabriquer nos médicaments.

Une chose est certaine : personne ne gagnera seul contre cette pandémie. Une pandémie est l’un de ces moments de l’histoire qui nous imposent de regarder le monde sans nationalisme. Tout comme les précédents cataclysmes sanitaires, géopolitiques et climatiques, cette épidémie a probablement déjà transformé certains de nos modèles concernant notre puissance économique, notre indépendance géopolitique ou encore la solidité de notre système de santé. Malgré la crise sanitaire, l’Europe veut garder le cap écologique. Ursula von der Leyen l’a dit l’autre soir à la télévision. Les ministres des finances européens sont appelés à bâtir une réponse économique commune et robuste face la pandémie du coronavirus. Mais pour y parvenir il faut laisser les égoïsmes nationaux de côté. Et ce sera tout l’enjeu de leur travail en commun. Cécile Duflot l’a souvent dit lors de ses interviews, «on voit bien que la solution ne peut être que collective et solidaire » Elle ajoute : « si le confinement constitue une épreuve, je ne supporte pas qu’on compare cela à une guerre. Nous vivons une épidémie, certes. Mais nous avons la chance de la vivre dans un pays en paix ».

D’ici un mois nous serons plus loin dans le temps et certains d’entre nous seront dehors. Pas tous loin de là. N’allons pas trop vite en besogne et restons solidaires !

un article de M.me Bettina Cuvillier, membre du CA de la Maison de l'Europe

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