[ACTU EUROPE] Élections européennes : "une grande ligne de fracture va apparaître"

Publié le Vendredi 14 septembre 2018
Élections européennes : "une grande ligne de fracture va apparaître"

Au mois de mai 2019 aura lieu le renouvellement des élus au Parlement européen. Entre la montée des populismes et l'éclatement des partis traditionnels, une recomposition profonde des forces politiques est à envisager. "Une grande ligne de fracture va apparaître, nationalisme européen contre intérêt général européen" : Sylvain Kahn, professeur à Sciences Po, répond à nos questions sur les enjeux à venir.

Toute l'Europe : Trois groupes politiques eurosceptiques ou antieuropéens réunissent à l'heure actuelle 151 sièges au Parlement européen, soit environ 20% de l'hémicycle. Leur progression lors des élections européennes 2019 est annoncée. Quelles en seraient les conséquences ?

Sylvain Kahn : On peut effectivement imaginer que les groupes eurosceptiques, souverainistes, populistes, ou d'extrême droite – en sachant que certains partis cochent les quatre cases, mais pas tous – deviennent majoritaires. On peut aussi considérer le cas où ils pèsent suffisamment pour exercer une minorité de blocage, sans être majoritaires.

Dans le premier cas, ils se retrouveraient à diriger les principales commissions parlementaires, qui sont essentielles au processus législatif européen. Les députés ou forces politiques qui ont l'habitude du fonctionnement européen et de l'intérêt général européen n'auraient alors plus la main. Dans ces conditions, il y aurait deux possibilités. Soit nous assistons à une espèce de "stand-by", les groupes qui dirigent les commissions parlementaires ne font pas leur travail et n'investissent pas la matière européenne. Ce serait selon moi l'issue la plus probable, au moins dans un premier temps. De facto, la Commission et le Conseil exerceraient le pouvoir et le Parlement européen deviendrait l'arête défectueuse du triangle institutionnel. Le travail serait évidemment ralenti. L'autre option étant que les groupes décident de s'investir dans le travail parlementaire. La conséquence serait l'apparition de batailles politiques assez serrées, avec des députés eurosceptiques essayant de promouvoir des textes de lois, des projets de directives. Mais il ne faut pas imaginer que la législation change du jour au lendemain : ceux qui sont en faveur de l'État de droit et de l'intérêt général européen disposent d'outils pour livrer bataille. On irait vers des bras de fer au motif que ce qui est proposé n'est pas conforme aux traités.

Maintenant, étudions l'autre hypothèse, la plus probable. Les partis eurosceptiques montent à 30 ou 40% du Parlement, mais n'ont pas la majorité. Leur capacité à investir les commissions parlementaires est donc plus faible, limitant leur pouvoir d'action. Ils ne disposeraient tout au plus que d'un pouvoir de nuisance.

Les groupes qui font traditionnellement fonctionner le Parlement européen dans le sens d'un approfondissement de la législation européenne – en l'occurrence le Parti populaire européen (PPE), les socialistes et démocrates (S&D), les démocrates et libéraux (ADLE) et les Verts – seront soit majoritaires à eux quatre, soit à peu près du même poids que les groupes souverainistes. Et ils auront un intérêt objectif très fort à s'entendre pour se répartir entre eux les postes en commission.

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